#1 21-07-20 14:20:03

mans
Bass Traveller
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Montpellier la nuit, Société, Rendez-vous de la rédaction
Dans le monde de la musique électronique, les free passionnent et interrogent. Reportage à Puéchabon, dans l’arrière-pays, où un millier de personnes s’est rassemblé le week-end du 14 juillet.


Pas de traces de John Travolta dans cette free party du samedi soir. Les DJ’s sont plutôt branchés science-fiction : un sample du film L’âge de cristal souhaite la bienvenue aux fêtards. "Il y a un autre monde à l’extérieur", répète en boucle une voix mécanique. "La nuit en teuf, c’est le mystère, les portes s’ouvrent et tu sais pas ce qui t’attend", prévient Mina, 20 ans, une jeune fille aveugle mais pas empêchée de sortir pour autant.

Ce monde est rebelle. Il s’installe dans la garrigue près de Puéchabon, dans l’arrière-pays héraultais, sans aucune autorisation municipale ou privée. Les fêtards arrivent dans une clairière isolée par un chemin de terre qui donne des maux de tête aux pneus de leur voiture et un nuage de terre rouge envahit leurs narines. Pas une habitation à l’horizon. Loin des sonorités commerciales, il les invite à pénétrer dans les profondeurs de l’électronique underground. Tribecore ce soir-là, trance, psytrance ou hardtek parfois. Là où les BPM font la course avec les tympans du cerveau.

Que dit la loi ?
Le 22 octobre 2019, une proposition de loi a été adoptée au Sénat, qui renforce l’encadrement des free party. Relancé par la sénatrice du Gard Pascale Bories (Les Républicains), le texte vise "à mieux encadrer les rassemblements festifs à caractère musical (rave-parties) et à rendre plus dissuasives les sanctions contre leurs organisateurs."

La loi indique les mesures suivantes :

-Déclarer tout rassemblement musical à caractère festif de moins de 500 participants en mairie, même sur terrain privé.

-Transformer la contravention de cinquième classe actuelle en délit passible de 400 heures de travail d’intérêt général (contre 120 heures actuelles) et 3 750 euros d’amende, et donc permettre des gardes à vue, perquisition, interrogatoire, saisie de matériel, etc. dans le cadre d’une procédure contre un ou des organisateurs.

-Mettre en place une charte entre pouvoirs publics et organisateurs qui définira certains critères (volume sonore, délais de déclaration préalable). Pourtant, une charte existe déjà depuis 2002, suite à l’application de l’amendement Mariani de 2001.

À l’heure actuelle, la loi n’a pas été adoptée par l’Assemblée.

Une "petite teuf" de 1 500 personnes
Mais ce n’est "qu’une petite teuf", juge Angie, une Montpelliéraine de 20 ans, habituée aux grands rassemblements. Selon Hugo, l’un des organisateurs du collectif héraultais 1Décis, "1 500 personnes" se sont tout de même installées là pour deux jours et les enceintes crachent "15 kilos de son". Comprendre : 15 kilowatt de puissance, répartis entre la dizaine de baffles. Elles sont disposées en trois blocs, comme trois totems, et les "raveurs" les plus acharnés viennent d’ailleurs s’y coller. "C’est vrai qu’il faut être dans l’ambiance de la teuf pour l’apprécier, reconnaît Lucas, tout juste sorti de la mêlée. "Ca n’est pas une musique pour la maison."

Au son, pas de DJ, mais un "live machine", entièrement composé en direct.
Au son, pas de DJ, mais un "live machine", entièrement composé en direct. - MIDI LIBRE - Nicolas Gallien
Les corps résonnent en rythme et les pieds tapent, emmenés par la puissance du son. Le DJ s’est installé derrière la foule et mixe en "live machines". "Les rythmes sont enregistrés mais il compose tout au moment où il le joue" détaille Hugo, savourant la performance de son ami. Même si le groupe électrogène lâche plusieurs fois. "On prend du matériel de location. C’est pas cher mais c’est de la merde", regrette l’organisateur. La soirée n’est pas payante, et chaque voiture arrivant à la fête est sollicitée pour une donation. Ce qui se révèle précieux aussi en cas de saisis de la sono (lire par ailleurs).

"Le matin, tu découvres qui sont les gens avec qui tu as dansé"
Un jeu de lumière assurait l'ambiance, en plus de la musique du soir.
Un jeu de lumière assurait l'ambiance, en plus de la musique du soir. - MIDI LIBRE - Nicolas Gallien
Mais même les projecteurs tiennent finalement le choc, heureusement. Loin des centres urbains et de leurs lampadaires, le petit budget a suffi à produire un séduisant spectacle lumineux. Les faisceaux verts jouent avec la constellation de la Grande Ourse et bougent eux aussi au rythme des décibels. "La teuf du matin, ce n’est pas du tout la même chose, rigole Angie. Le soir tu danses avec des gens, tu leur parles mais quand le jour se lève, tu te rends compte qu’ils n’ont pas du tout la même tête. Tu découvres qui ils sont vraiment."

La fête a duré jusqu'au dimanche midi.
La fête a duré jusqu'au dimanche midi. - MIDI LIBRE - Nicolas Gallien
Une dimension qui échappe à son amie Mina. Mais en bonne fille d’une famille de teufeurs, elle ne s’est jamais retenue de s’aventurer en free malgré son handicap. "Mes amis me guident et il y a le téléphone si on se perd." Pas ce soir-là : le réseau téléphonique a disparu dès la sortie de la départementale. Ca ne l’empêchera pas de repartir "dans le son" après une petite pause de 30 minutes.

Cocaïne et stand de prévention
Un stand de prévention sur l'usage des drogues avait été installé.
Un stand de prévention sur l'usage des drogues avait été installé. - Photo N.G - Nicolas Gallien
Et pour une "meilleure fête" certains, comme depuis l’avènement des free parties, carburent aux substances illicites. Dès le parking, des participants vendent des "taz" (pilules d’ecstasy), d’autres sont à la recherche de cocaïne. On ne parle même pas du cannabis qui se confond avec la cigarette, tellement il est banalisé. "Pour être un drogué heureux, il faut être un drogué bien informé", prévient même un sample du DJ !

"Nous on fait le travail, on a mis un stand de prévention. Pour que ceux qui veulent se droguer le fassent d’une manière propre", précise d’ailleurs Hugo. Certains, aperçus près du fameux stand, ne se cachent pas pour prendre de la cocaïne... "Les gens qui vont en boite se droguent aussi, mais on n'en parle jamais", répond l’organisateur. De l’avis d’habitués, la consommation de stupéfiants en rave est d’ailleurs bien moins importante qu’il y a 20 ans. Et des efforts ont également été faits sur la propreté, mode de l’environnement oblige. Mais après avoir pris du LSD et un joint à la main, Axel, qui affirme avoir 16 ans, admet "que la drogue fait entièrement partie de la fête", même si elle en enlève un peu l’esprit. Mais pour tous, l’envie de faire la fête, après cette étrange période de confinement, prend le dessus.

Si Hugo signale "un agresseur sexuel" rapidement mis dehors, aucun climat de tension ne se fait sentir. L’ambiance est bon enfant, les amis se retrouvent et se sautent dans les bras, tout comme certains inconnus. "Excuse-moi je peux te dire quelque chose ?" demande une jeune fille à une autre. "Je trouve que tes dreads elles sont super jolies…" Elle lui répond avec un grand sourire et la scène se termine par "un gros câlin". Plus que les très attendus hippies, tous les styles se croisent. Des casquettes à l’envers discutent volontiers avec des crêtes rouges. Pour une nuit au moins, les barrières tombent.

Le cache-cache entre raveurs et gendarmes
"C’est un peu le jeu du chat et de la souris." Et ça fait près de 30 ans que ça dure… Le lieutenant Peyraud, de la compagnie de gendarmerie de Lodève, résume ici les rapports entre organisateurs de free-party, ou rave, et forces de l’ordre. Chaque week-end, les fêtards partent à la recherche d’un lieu à l’abri des regards et des voisinages, espérant échapper aux contrôles des militaires. Ces derniers, s’ils trouvent l’endroit où se déroule l’événement, peuvent procéder à des contrôles et des saisies de matériel.

"On ne comprend pas cette saisie"
C’est justement ce qu’il s’est passé dimanche 12 juillet à Puéchabon. À 15 heures, 50 hommes sont intervenus. À la clef, des contrôles de drogue et d’alcoolémie, mais aussi la saisie des véhicules, groupes électrogènes, matériel sonore et vidéo. "On ne comprend pas trop le but de cette saisie", grimace Hugo, l’un des organisateurs du collectif 1Décis. "Le son était coupé depuis midi, le matériel rangé et le site nettoyé. Normalement, une saisie est faite pour arrêter une rave. Là, tout était terminé depuis longtemps."

Pour le lieutenant Peyraud, ces saisies ont pour but d’empêcher une rave de se reproduire ensuite. Tout en soulignant la difficulté de la situation : "Si on ne saisit pas, il y aura une rave le week-end suivant. Mais même avec ça, le problème est récurrent…"

D’autant que les adeptes sont organisés. "Il y a le Fond d’aide juridique au sound-systems, qui nous aide dans les démarches. Les cagnottes de solidarité sont aussi nombreuses."

Les forces de l’ordre se prépare en tout cas à un été agité : "La météo est bonne, les forces de l’ordre sont plus mobilisées sur le littoral que dans les terres… Le contexte est bon pour les raveurs. Nous sommes bien occupés."



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